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Atteignant son plus haut niveau depuis 2003, l’inflation au Canada s’est chiffrée à 4,7 %

18 November 2021   |   Par Kadiatou Bah

L’indice des prix à la consommation a augmenté de 4,7 % en octobre par rapport au même mois l’année dernière, comparativement au 4,4 % enregistré en septembre, a indiqué mercredi Statistique Canada à Ottawa.

Le chiffre d’octobre est le plus élevé depuis 2003, année où il avait atteint 4,7%. L’inflation n’a pas dépassé ce niveau au cours des trois dernières décennies, soit depuis que la Banque du Canada a commencé à cibler l’inflation en 1991.

Le chiffre de 4,7% pour octobre est conforme à l’estimation médiane du chiffre auquel plusieurs économistes s’attendaient. Sur une base mensuelle, les prix ont augmenté de 0,7 %, à égalité avec les estimations, mais c’est sa plus haute progression depuis juin 2020.

Le rapport sur l’inflation de mercredi marque le septième mois consécutif ayant une inflation supérieure à 3 %. Rappelons que ce dernier chiffre représente la tranche supérieure de la fourchette de contrôle de la Banque du Canada. Le fait de dépasser cette fourchette ajoute aux préoccupations croissantes selon lesquelles, les pressions sur les prix s’avèrent plus persistantes que prévu.

Les inquiétudes liées à l’inflation ont incité la Banque du Canada le mois dernier à signaler qu’elle pourrait commencer à relever les taux d’intérêt, qui sont actuellement à des niveaux historiquement bas, dès le début de l’année prochaine.

Mais pour la Banque du Canada et d’autres banques centrales du monde entier, on craint qu’un resserrement trop agressif de la politique monétaire ne contrecarre une reprise pandémique qui demeure incomplète.

« Cela dure certainement beaucoup plus longtemps que prévu, je pense, et malheureusement, il est probable qu’elle (l’inflation) persistera au moins jusqu’au début de l’année prochaine avant que nous ne voyions des améliorations du côté de l’offre et un certain recul des prix des produits de base », a déclaré Sal Guatieri, économiste principal chez BMO Marchés des capitaux.

Les marchés prévoient que la Banque du Canada relèvera son taux de référence au jour le jour (taux directeur) à 1,5 % au cours des 12 prochains mois, contre 0,25 % actuellement.

Les obligations se sont redressées sur les marchés, reflétant le soulagement que l’inflation n’ait pas dépassé les attentes, comme cela a été le cas aux États-Unis et ailleurs. Le rendement de référence à deux ans a chuté d’environ 4 points de base à 1,027 % à 8 h 34 minutes (heure de Toronto). Le dollar canadien s’est affaibli pour s’établir à 1,2577 $ CA pour un dollar américain. La semaine dernière, les États-Unis ont annoncé une inflation de 6,2 % pour octobre, vraiment au-dessus des attentes.

La moyenne des mesures de base de la banque centrale, souvent considérée comme un meilleur indicateur des pressions sous-jacentes sur les prix, est restée inchangée à 2,67%.

Énergie, logement, aliments et transport

L’augmentation du coût de la vie a été particulièrement prononcée en matière d’énergie soit +25,5 %, en raison notamment d’une augmentation de 41,7 % du prix de l’essence qui ne vous a certainement pas échappé si vous êtes passé à la pompe dans le dernier mois. En énergie, le mazout et d’autres combustibles ont augmenté de 48,1 % et +18,7 % ont été enregistrés pour le gaz naturel.

Dans le cas de l’essence, selon Statistique Canada, « les pénuries d’autres sources d’énergie, comme le charbon et le gaz naturel, ont poussé les principales économies du monde à utiliser plus de pétrole pour la production d’électricité, ce qui a entraîné une augmentation des prix à la pompe ». Les données provisoires sur l’essence pour le mois de novembre laissent même à penser qu’il pourrait nous réserver une autre hausse avant de se stabiliser.

Les prix de huit principales composantes du panier de biens et services entrant dans la mesure de Statistique Canada ont tous augmenté. C’est le cas notamment pour les articles de base du quotidien, comme le logement avec +4,8 %, les aliments +3,8 % et le transport qui enregistre +10,1 %. Rappelons qu’ils constituent ensemble plus de la moitié du panier de consommation.

Dans le secteur de l’alimentation, le coût de la viande a poursuivi sa hausse avec +9.9%, plus précisément, le bœuf a eu +14 % et la viande transformée +8,5 %.    

La hausse des prix des véhicules de transport automobile était de +6,1 %. Cette augmentation reste élevée principalement en raison de la pénurie mondiale de puces à semi-conducteurs.

Alors que les responsables de la banque centrale continuent d’insister sur le fait que l’inflation est largement tirée par ces facteurs temporaires liés aux prix de l’énergie et aux contraintes d’approvisionnement, l’une des préoccupations est que les pressions inflationnistes pourraient s’intégrer dans les attentes du marché si elles persistent.

Advenant que les anticipations d’inflation augmentent, cela pourrait provoquer une spirale salaires-prix qui peut être difficile à maîtriser. Les salaires ont augmenté plus lentement au Canada qu’aux États-Unis. Les taux horaires moyens ont augmenté de 2,1 % au cours des 12 derniers mois, soit moins de la moitié du rythme de l’inflation.