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La Banque du Canada annonce le ralentissement prochain de son programme d’assouplissement quantitatif 

26 mars 2021   |   Par Kadiatou Bah

Le sous-gouverneur Toni Gravelle a expliqué ce mardi 23 mars, certaines mesures prises par la Banque du Canada pour continuer d’assurer le bon fonctionnement des marchés durant la pandémie de COVID-19, et l’abandon prévu de certains programmes.

Aux grands maux, les grands moyens 

La Banque du Canada par l’intermédiaire du sous-gouverneur a fourni les meilleures indications à ce jour sur la façon dont la banque prévoit de ralentir les rachats d’obligations gouvernementales et privées à mesure que la reprise économique s’accélérera.

Lors de ce discours par vidéoconférence devant le CFA Society Toronto, Gravelle rappelait le contexte vécu précédemment. La Banque du Canada à prêter de l’argent aux autres banques et à améliorer les conditions du marché pour les provinces.  Elle a aussi acheté des titres de créance de sociétés privées et les obligations du gouvernement fédéral que les investisseurs vendaient. Cela, dans l’idée de garder le système de crédit libre de tout blocage, afin que les entreprises puissent financer leurs activités même si les investisseurs se montraient hésitants vu le contexte économique incertain.

 Ce qui avait alors commencé comme un programme pour aider au fonctionnement du marché s’est transformé en programme d’assouplissement quantitatif, quantitative easing en anglais (QE).

Dans les faits, les décideurs ont acheté des obligations du gouvernement fédéral chaque semaine pour aider à maintenir les coûts d’emprunt à un niveau bas. Les économistes affirment que ce rythme ne peut plus être justifié, avec des perspectives qui semblent montrer que l’économie croît à un rythme beaucoup plus fort que celui que les responsables anticipaient.

La réduction progressive en avril est « aussi proche de la certitude que cela puisse être », a déclaré Andrew Kelvin, stratège en chef du Canada chez Valeurs Mobilières TD, par courriel. « S’ils avaient prévu de maintenir les achats d’obligations à ces niveaux, il aurait été logique de repousser les attentes à la baisse ».

La banque centrale veut également éviter de s’approprier une part trop importante du marché obligataire. À l’heure actuelle, elle détient plus que 35% du marché total des obligations du gouvernement du Canada en circulation. Selon le Gouverneur Tiff Macklem, lorsque les avoirs en obligation dépassent 50%, le fonctionnement du marché pourrait être faussé.

Dans ses remarques devant le CFA Society Toronto, Gravelle a souligné comment le processus de réduction progressive fonctionnera. Il a déclaré que le processus sera « graduel et mesuré » et se terminera par des achats nets à zéro lorsque « la reprise est bien engagée ».

« Nous finirons par arriver à un rythme d’achats dans le cadre du programme d’assouplissement quantitatif qui maintiendra, mais n’augmentera plus, la quantité de stimulus fournie », a déclaré Gravelle.

Le moment choisi pour arriver à cette soi-disant « phase de réinvestissement » sera guidé par les perspectives économiques de la banque centrale, a déclaré Gravelle. Les ajustements au programme sont distincts de toute modification du taux d’intérêt directeur, a-t-il ajouté, minimisant toute possibilité de hausse imminente du taux directeur de 0,25% de la Banque du Canada qui vient d’être maintenu le 10 mars dernier.

« Cela ne signifie pas nécessairement que nous avons changé d’avis sur le moment où nous devrons commencer à augmenter le taux d’intérêt directeur », a déclaré Gravelle.

Les rendements des obligations canadiennes ont augmenté sur les marchés après le discours, mais elles ont fini réduire leurs gains.

Arrêts des Facilités de financement

Avec l’arrêt de certains de ses programmes, Gravelle a déclaré que l’arrivée à maturité des financements à court terme, détenues par la banque centrale réduirait son bilan à environ 475 milliards de dollars canadiens d’ici la fin avril, soit environ 100 milliards de dollars de moins que son niveau actuel. Précisons que ce niveau au début de la pandémie était quatre fois plus grand qu’en temps normal.

Gravelle a déclaré que la banque centrale suspendrait sa principale facilité de financement à court terme en mai et ne prolongerait pas trois autres programmes d’achat d’actifs expirant dans les semaines à venir pour le papier commercial, les obligations provinciales et les obligations d’entreprises. La banque centrale n’a pas l’intention de vendre les actifs qu’elle a déjà achetés dans le cadre des programmes d’achat d’obligations des sociétés ou des provinces.

La décision de la banque de mettre fin à ses programmes d’urgence environ un an après leur lancement témoigne de la reprise du fonctionnement du marché et des conditions financières mondiales, a-t-il déclaré.

« Nous pouvons prendre ces mesures, car il existe désormais une grande liquidité à l’échelle du système pour les institutions financières », a déclaré Gravelle. Il a noté que la banque centrale peut réactiver tout programme de marché en cas de réapparition des tensions sur le marché.