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Pierre Baillargeon : ce qui fait vraiment perdre de la valeur à un immeuble

Par Pierre Baillargeon
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    Pierre Baillargeon : chef de parcours MML & investisseur immobilier

    Pourquoi un immeuble mal géré perd-il de la valeur plus vite qu’on le croit

    On parle souvent de création de valeur en immobilier comme si elle dépendait surtout du prix d’achat, du financement ou des rénovations. Pourtant, sur le terrain, un immeuble peut perdre énormément de valeur sans qu’aucun mur ne tombe, simplement parce qu’il est mal géré. Ce n’est pas toujours visible au premier coup d’œil. Les loyers entrent encore, les locataires occupent les logements, les fournisseurs continuent à intervenir. Mais les retards s’accumulent, les coûts augmentent, l’expérience locataire se détériore et la qualité globale de l’actif baisse. En immobilier, la perte de valeur commence rarement par un événement spectaculaire. Elle commence souvent par une mauvaise gestion répétée.

    Pour plusieurs investisseurs québécois, le problème n’est pas l’absence d’effort, mais l’absence de structure. Un immeuble mal géré n’est pas nécessairement un immeuble abandonné. C’est souvent un immeuble où les suivis sont incomplets, où les priorités ne sont pas claires, où les interventions se font trop tard et où l’information est dispersée. Un logement se reloue avec retard. Une réparation temporaire devient une dépense récurrente. Une situation locative mal suivie crée des tensions évitables. À court terme, cela semble gérable. À moyen terme, cela use l’équipe, dégrade l’exploitation et réduit directement la performance de l’immeuble.

    Pourquoi cette perte de valeur arrive-t-elle aussi vite? D’abord parce qu’un immeuble locatif n’est pas un actif passif. C’est un système vivant qui exige une exécution constante. Chaque retard dans l’entretien, chaque manque de suivi administratif, chaque décision reportée a un effet cumulatif. Ensuite, plusieurs propriétaires analysent encore la valeur principalement sous l’angle de la brique et du potentiel locatif, sans mesurer à quel point les opérations influencent le revenu net. Or, la qualité de gestion agit directement sur la vacance, la vitesse de relocation, la rétention des bons locataires, le niveau de dépenses, la prévisibilité des travaux et la crédibilité du dossier auprès des prêteurs. Enfin, une mauvaise gestion crée presque toujours des coûts cachés : temps perdu, urgences plus fréquentes, mauvaises priorisations et décisions prises dans la pression plutôt que dans l’anticipation.

    Dans mon expérience, il faut voir la gestion immobilière comme un moteur de conservation et de création de valeur. Un immeuble bien géré protège son revenu, contrôle mieux ses dépenses et conserve plus longtemps sa qualité opérationnelle. À l’inverse, lorsqu’il est mal géré, la dégradation est progressive, mais elle touche rapidement les éléments qui comptent réellement pour un investisseur.

    Le premier élément touché est le revenu. Un immeuble mal géré se reloue moins bien, plus lentement et souvent dans de moins bonnes conditions. Quand les visites sont mal coordonnées, que les logements ne sont pas prêts à temps ou que les suivis avec les candidats sont faibles, la vacance coûte plus cher. Même chose quand les locataires en place vivent dans un immeuble où les demandes prennent trop de temps à être traitées. La satisfaction baisse, les départs augmentent et la stabilité locative se fragilise.

    Le deuxième élément touché est la dépense. Une gestion faible crée presque toujours plus de coûts. Les petits problèmes deviennent des urgences. Les travaux sont faits en réaction plutôt qu’en prévention. Les appels de service se répètent pour les mêmes causes. Résultat : l’immeuble dépense plus pour obtenir moins de contrôle. C’est souvent là que la rentabilité commence à s’éroder sérieusement.

    Le troisième élément est la perception globale de l’actif. Un immeuble peut avoir un bon potentiel sur papier, mais si la documentation est désorganisée, si les suivis sont incomplets et si l’entretien paraît subi plutôt que planifié, la confiance baisse rapidement. Cela affecte non seulement la qualité des opérations au quotidien, mais aussi la capacité à refinancer, à attirer un partenaire ou à justifier une stratégie de valorisation. En pratique, la mauvaise gestion réduit la lisibilité de l’actif. Et un actif moins lisible est un actif plus risqué.

    La solution n’est pas compliquée en théorie, mais elle demande de la rigueur. Il faut d’abord centraliser l’information essentielle : baux, renouvellements, échéances, budgets, travaux, fournisseurs, interventions en cours, documents de référence. Ensuite, il faut standardiser les processus critiques, notamment pour le suivi des demandes d’entretien, la relocation, la priorisation des travaux, le contrôle budgétaire et la préparation des dossiers de financement. Il faut aussi mettre en place une vue claire sur les écarts : qu’est-ce qui est en retard, qu’est-ce qui dépasse, qu’est-ce qui risque de devenir un problème dans 30 ou 60 jours? Finalement, il faut clarifier les responsabilités. Qui reçoit l’information? Qui agit? Qui valide? Qui s’assure que le dossier est réellement fermé?

    En définitive, un immeuble mal géré perd de la valeur plus vite qu’on le croit parce que la mauvaise gestion attaque directement ce qui soutient la valeur : le revenu, les dépenses, la stabilité opérationnelle et la confiance dans l’actif. Avant de chercher la prochaine opportunité, une question mérite donc d’être posée : votre immeuble est-il réellement bien exploité, ou seulement occupé? La différence entre les deux est souvent là où se gagne, ou se perd, une part importante de la valeur immobilière.

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